GUILLAUME MUSSO : LA JEUNE FILLE ET LA NUIT

TWIN PEAKS A LA FRANCAISE

 « Dans un bon roman policier rien n’est perdu, il n’y a pas de phrases ni de mots qui ne soient pas significatifs. » Paul Auster

A 44 ans l’auteur le plus lu de France frappe une nouvelle fois très fort avec un seizième roman haletant, dont l’intrigue se déroule dans le sud, sa région natale. Avec plus de cent mille ventes moins d’une semaine après sa sortie, il est sur le point de battre de nouveaux records, puisqu ‘il est resté pendant sept années consécutives à la première place du top 10 en France, pour plus de 32 millions d’exemplaires vendus dans le monde ! Ces chiffres sont certes vertigineux, mais Guillaume Musso n’en reste pas moins modeste, abordable, d’une gentillesse incroyable, mais surtout, surtout, passionné par un travail qu’il a choisi après avoir enseigné les sciences économiques pendant cinq ans.

Plusieurs de ses romans ont fait l’objet de films, avec à la clef le prix du meilleur roman adaptable au cinéma pour Et Après. Nommé chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, il a sans aucun doute œuvré pour la notoriété internationale du roman français. Mais qu’est-ce qui fait courir Guillaume Musso. Interview, à la Librairie des Volcans, d’un (jeune) boulimique de travail et d’intrigue.

Tu n’as pas toujours été auteur. Comment as-tu glissé vers l’écriture ?

C’est la lecture qui m’a amené à l’écriture.  J’étais un adolescent qui lisait beaucoup, mais je ne poursuivais pas d’études littéraires. J’ai commencé par un cursus scientifique, puis économique. C’est un professeur de français qui en classe de seconde, organisant un concours de nouvelles, m’a fait écrire mon premier texte, et surtout a été suffisamment bienveillant pour m’encourager à continuer à écrire, ce qui a été assez déterminant dans ma vie.

Mention obligatoire Photo:  Emanuele Scorcelletti

Pourquoi te diriges-tu de plus en plus, au fil de tes romans, vers le polar ?

Cela correspond à la fois à ce que j’aime lire en tant que lecteur, en tous cas à ce moment de ma vie, et ça me permet d’écrire mes romans à deux niveaux : un premier qui relève vraiment du pur plaisir de tourner les pages et de progresser dans une enquête – c’est la mécanique du suspense – et un deuxième niveau qui est que le polar permet d’aborder des thèmes très différents. Dans ce cas précis : la parenté, le fait de devenir assassin par accident, l’amour qui nous élève et qui nous détruit…Le roman policier est un genre que j’aime bien parce qu’il est à la fois ludique, divertissant, mais peut être aussi intelligent si on le manie bien.

Ton dernier roman se déroule dans le sud de la France. On sent que tu connais très bien les lieux de par tes descriptions et que tu parles de « chez toi ». Quelle part ton personnage principal emprunte-t-il de toi ?

C’est vrai que c’est mon premier roman qui se déroule intégralement en France, mais aussi intégralement dans la région qui m’a vu naître. Cela faisait très longtemps que j’avais envie de ça, mais en littérature le désir ne suffit pas ! Là, il y a eu ce désir de faire ce Twin Peaks au pays de Marcel Pagnol, c’est-à-dire de voir la vie sous cloche d’un campus, pas de Harvard ou de Berkeley, mais d’un campus qui serait situé au cœur de la garrigue. Donc ce roman est effectivement personnel par les lieux décrits, il l’estparce que le romancier a mon âge, exerce la même profession que moi, mais ça n’est pas un roman autobiographique. J’avais la mécanique policière en tête depuis très longtemps, mais dès lors que je décide d’en faire un cold case, il y a nécessairement des morceaux de moi à travers le récit. C’est donc un roman personnel, mais pas autobiographique.

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Penses-tu systématiquement tes romans en terme d’adaptation possible au cinéma ?

Jamais je ne pense à ça, car c’est se mettre une contrainte supplémentaire. Cela dit il est vrai que ce roman est à la fois assez visuel et qu’en même temps il a une forme classique, avec une unité de lieux,  une unité de temps, une unité d’action. Onbalance entre une Côte d’Azur d’aujourd’hui qui est décrite au printemps et une Côte d’Azur d’il y a vingt-cinq ans, mais en plus paralysée par la neige avec un côté un peu irréel et très visuel.

Où trouves-tu ton inspiration ?

Je pense que la problématique n’est pas tant de trouver la « bonne » histoire – j’ai toujours une dizaine d’histoires que j’aimerais traiter un jour ou l’autre, bienqu’elles ne soient pas écrites – mais qu’un roman réussi c’est comme une histoire d’amour réussie : il faut rencontrer la bonne personne au bon moment. Donc un roman réussi c’est être à un moment de sa vie où vous serez le mieux à même de l’écrire et de le traiter de façon juste et efficace. Ce n’est pas un problème de page blanche, mais un problème de tempo. Il faut faire coïncider la bonne histoire avec le désir d’écrire sur ce sujet-là, à ce moment-là. Je travaille dix heures par jour, j’écris tous les jours, pour garder une fraîcheur il faut vraiment trouver un truc qui vous excite le matin et vous amuse.

Tu fais dire à l’un de tes personnages « tu vis dans un monde littéraire et romantique, mais la vraie vie ce n’est pas ça. La vie c’est violent ». Te considères-tu comme vivant dans un monde littéraire et romantique ?

J’oscille de l’un à l’autre en fait, et je trouve que tout le luxe de mon métier c’est de pouvoir de façon autorisée et légitime, m’abstraire plusieurs heures par jour du côté cruel et routinier de la vraie vie en général. Il peut y avoir un côté désespérant dans le monde tel qu’il est. Ecrire permet de s’évader un moment, tout comme la lecture. Ce sont des échappatoires et comme le dit Bernard Pivot « non pas pour fuir le monde, mais pour y pénétrer par une autre porte ».

Mention obligatoire Photo:  Emanuele Scorcelletti

Tu es l’auteur français le plus lu en France, mais surtout l’un des auteurs français les plus lus dans le monde. Est-ce que cela  t’ébranle ? La critique te touche-t-elle encore ?

Bien sûr que la critique me touche encore. Elle m’intéresse, en tous cas je ne l’évite pas, mais j’ai appris très tôt finalement à ne pas y accorder une importance démesurée, qu’elle soit positive ou négative. Pour ce qui est du succès, le meilleur moyen de se prémunir contre certains effets négatifs du succès, c’est travailler beaucoup, car finalement quand vous travaillez beaucoup vous n’avez pas le temps de vous poser toutes ces questions-là. Et moi ce qui tombe bien, c’est que pour arriver à écrire j’ai toujours eu besoin d’ être dans un mode de travail que j’appelle extensif plutôt qu’intensif, j’ai besoin de macérer dans mes histoires et de prendre un temps assez long en s’abstrayant du monde réel pour traverser un chemin qui va vous mener au monde imaginaire. Je travaille à la manière d’un artisan.

Quels sont tes modèles ?

De plus en plus j’admire les gens qui arrivent à faire ce métier-là dans la durée, en conservant le plaisir de faire ça, notamment des auteurs français. Je suis très ami avec Jean-Christophe Granger qui écrit depuis 25 ans, toujours avec le même souci de faire les choses bien, d’y consacrer le temps qu’il faut. Amélie Nothomb aussi écrit depuis longtemps et garde un côté festif, joyeux, au moment où sortent ses livres. Mais je pense que ne pas être blasé et continuer de trouver de la passion et de l’entrain dans ce qu’on fait est valable dans toutes les professions afin de bien les exercer.

Ton dernier roman vient de sortir, mais es-tu déjà sur un autre projet ?

Là je travaille sur trois, quatre histoires différentes, mais dont j’ai semé les graines il y a déjà plusieurs années. Ca a toujours été comme ça. Il y a un travail de longue haleine en amont, et après il y a la rédaction du roman proprement dite, mais je ne me lance jamais dans la rédaction avant d’avoir ce que Dennis Lehaneappelle « la tuyauterie ». C’est important dans le roman à suspense. Il ajoute cependant tout de suite après « mais nous ne sommes pas des plombiers ! ». Après le squelette il faut donc rajouter la chair, et la chair elle arrive au moment de l’écriture, parce que la chair c’est le travail sur les personnages, sur leurs ambiguïtés, sur leurs sentiments, sur les problèmes qui les traversent et c’est aussi ça qui fait un bon roman je pense, tout comme une bonne série télé, ou un bon film, c’est quand on a des personnages qui ne sont pas lisses, ou binaires. Jamais les gens n’ont consommé autant de fiction qu’aujourd’hui et ils sont donc très au fait des codes de la fiction, et trèsexigeants ce qui est très bien, car cela nous oblige, nous raconteurs d’histoires, à essayer de trouver à chaque fois des choses qui n’ont pas forcément encore été faites, ou de les faire différemment pour éviter une impression de déjà vu, ou de déjà lu, et c’est souvent dans le travail de construction des personnages que la singularité d’une histoire peut se faire. Je me réfère toujours à la phrase de Gabriel Garcia Marquez qui dit « Tout homme a trois vies : une vie privée, une vie publique et une vie secrète », c’est cette vie secrète de mes personnages qui m’intéresse, car c’est là que se trouve la clef d’une bonne histoire, parce que cette vie secrète c’est celle qui fait écho à nos vies secrètes à nous lecteurs. C’est ce que moi en tant que lecteur je trouve fascinant dans une histoire, c’est quand j’ai envie de me dépêcher de rentrer chez moi le soir pour reprendre un roman que je suis en train de lire pour en connaître d’avantage sur les personnages.

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